La haine (partie 1)

Un simple mot français. Hate en anglais. Quelques lettres. Rien de compliqué. Or, sa définition prend toute une tournure, nauséabonde et mélancolique dépendamment des termes utilisés. Tantôt pour décrire un ressentiment d’aversion envers quelque chose, quelqu’un; tantôt pour illustrer un sentiment découlant d’une vive émotion d’une violente frénésie. Pourtant, la haine est plus ancrée que cela. C’est un sentiment intrinsèque. Non pas qu’elle génère colère, amertume, dégoût et vive réaction. Plutôt, elle est un état d’âme, une condition ontologique d’une interprétation et considération générale d’éléments qui composent la totalité au sein duquel nous baignons submergés.

Comment peut-on décrire cet état ? Je n’en ferais point la prétention que chaque intellectuel de pacotille ose commettre effrontément. Car, dans le fin fond de leur petitesse à la gueule raffinée, tous éclaboussent avec maladresse leur masturbation textuelle, leur verbiage (dont je fais presque moi-même l’ironique éloge en ce moment) dans les vestiges d’une réalité qui ne leur appartient pas et dans laquelle ils seront oubliés aussi vite qu’une dégoûtante flatulence parfumant la pièce de gens entassés contre leur gré mais avec leur active collaboration. Ils sont meilleurs bourreaux que les bourreaux formés et payés pour cette précise fonction. Les régents sont désuets.

Que je hais ces intellectuels écervelés, incapables d’expliquer quoique ce soit au-delà de leurs ramassis d’écrivaillé, parsemé d’incompréhensibles propos loufoques. Mais leur production n’est pas ce qu’il y a de pire, bien au contraire : c’est tout un lectorat, avide d’élucubrations, qui permet la reproduction de cette infamie paupériste du savoir humain dans tous ses aspects. Moi-même, présentement, je vomis et forme une putréfiante flaque de termes qui en fera grimacer plus d’un, si l’un finira par mettre la main sur ce torchon écrit. Cependant, l’objectif est d’évacuer une haine qui, tant bien que mal, m’est indescriptible.

Cette aversion cumulative a débuté je ne sais guère quel moment. J’estime entre la fin du baccalauréat et le début d’une longue et douloureuse relation amoureuse qui aura des répercussions irrécupérables. J’insiste à préciser qu’il est nécessaire de sortir de ce pathétique cliché de l’amour affectant le futur de nos destinés, il n’y a rien de plus faux et ahurissant dans ce fantasque délire sentimental. Eh puis, parlons-en de cette déchéance affective ! De ce marché libre des émotions où chacun cherche un produit consommable qui soit identique à ce qu’il a toujours consommé, identique à Narcisse et son adoration pour sa propre personne dans le reflet de l’étang qui finira par le noyer. Sombre idiot, il ne savait pas nager – par amour !

Dur de trouver le produit parfait, n’est-il pas ? Bien sûr que non. Le problème ne réside pas dans l’individualisation ni dans la banalisation des rapports sociaux, mais bien dans toute une panoplie de facteurs extérieurs et intérieurs à ses propres activités humaines, à ses propres pratiques sociales quotidiennes qui implique l’idéologie dominante et sous-dominante (qui se veut alternative à celle écrasante nos vies et qui est reproduite aveuglément par nécessité de réconfort et de conformité); la perte de sens dans les pratiques significatives de tous et chacun (ce qui se fait n’a point d’autre fondation cohérente que la parure, l’appréciation immédiate et le stimuli positif pour nos cerveaux en panne de créativité); ainsi que l’effroyable relation sociale totale régissant nos vies jusqu’à notre psyché et qui porte le terrifiant nom de « capitalisme », subordonné à un autre inconnu – naturalisé de tout part cette fois – nommé « patriarcat ». Bref, la condition humaine.