La haine (partie 4)

Me revoilà recommencer l’écriture à nouveau, avec un mot exclusif en tête : internet. Ce monde que tous et toutes chérissent abondamment en tant que bassin de la révolution humaine. Le sédatif par excellence pour contrer toute injustice et inégalité sociales existantes dans notre réalité laide, moribonde que chacun souhaite secrètement sa fin plutôt que celle d’une période historique. La fin du monde est plus pensable que la fin du capitalisme, certains disent. Oh internet, suffit d’un clique avec notre doigt magique sur un écran lumineux et voilà le travail ! La lutte a été faite, nous sommes désormais libre de notre propre joug et foncièrement joyeux.

Combien sont de ces personnes, massivement liées entre elles comme jamais, aux moyens surpassant ceux d’autrefois, qui concentrent un maximum de leurs énergies et capacités dans l’organisation textuelle et numérique de leur piètre opinion sans lendemain à l’impact futile et sans intérêt ? Il faut se rendre à l’évidence : des heures entières sont investies dans le slacktivisme (l’activisme des paresseux) qui est sans surprise défendu par les cyniques de ce monde, ce bastion bas de gamme de piteux illuminés autoproclamés. Chacune de ces heures, contenant des dizaines de minutes, sont lamentablement dilapidées pour le réconfort sans effort d’une activité politique qui n’aura point d’attache à quelconque réalité problématique comme la famine, la maladie et l’insécurité. Elle agit comme rédemption pour les incapables, pleutres, laxistes et carriéristes qui jouissent du symptôme plutôt que d’éradiquer ses origines. S’il n’y a plus famine et maladie, comment donc pourra-t-on justifier notre existence d’humaniste inutile à prétention salvatrice ? Les injustices et inégalités sont du travail aussi abstrait que concret : il y a en elles du capital éternel à exploiter pour ses propres besoins et intérêts. Le perfide domaine de l’aide humanitaire en est bien conscient.

La population totale de personnes dormant dans des bidonvilles et moins (c’est-à-dire : jusqu'à payer la police en faveur ou monnaie afin d’avoir accès à l’asphalte dans l’unique finalité de récupérer du sommeil sans interruption) dépasse celle de l’ensemble de l’occident, socialement vue comme la plus grande extractrice de richesses de toute la planète. Mais ce serait de tomber dans l’usuel cliché du « gentils pauvres, méchants riches », vile métaphore qui surculpabilise n’importe qui et n’importe quoi pour satisfaire les horreurs de la réalité capitaliste. Le connard et la connasse se retrouvent tout autant dans les classes dominantes et exploitatrices, à qui cela profite directement, que les classes dominées et exploitées, à qui cela n’en profite guère mais qui pour une bonne part cherche à tirer profit malgré tout.

Pense-t-on véritablement que les masses migrantes actuellement en cours en raison des massacres perpétrées indirectement par les partenaires « économiques » et « politiques » et leurs supporters sans scrupules, et directement par les milices à qui tout le soutient financier, politique et militaire revient, sont en fait Blanche Neige et ses millions de nains ? Il est fort compréhensible que l’envie (du verbe envier) règne chez plusieurs d’entre-eux qui voient leurs confrères et consœurs réussir à sortir du bourbier dans lequel ils étaient et qu’ils profitaient jadis jusqu'à ce que la guerre civile les emporte tel un tsunami ne faisant aucune distinction entre les chaires corporelles en dépit des classes sociales. « Pourquoi pas nous ? »

Sortir d’une tranchée imbibée d’urine, de sang, de sueur, de maladie, de dépravation demande une relative connexion sociale avec l’ensemble des acteurs présents qui permettent justement la fuite. D'abord sortir du quartier et de la ville dans lesquels la première ligne de démarcation est tracée et mise en quarantaine par les chevaliers de la mort, ensuite les frontières territoriales afin de rejoindre des points de concentration humaine que sont les camps de réfugiés, puis avoir le nécessaire pour contacter, le plus souvent, la famille à l’extérieur du pays, par les différents moyens à disposition (ambassades, ouvriers humanitaires, gestionnaires de crise) et s’y déplacer grâce à l’ouvrage prolétaire (accompagnateur, chauffeur, pilote, etc.) jusqu'à être acclamés par la haine ou l’amour des écervelés qui peuplent les terres d’accueils. Détail omis, l’horreur du réel affirme sans équivoque que les plus pauvres sont incapables de passer la première ligne. Coincés, ils s’enrôlent dans ce tourbillon de violence politique en défendant leur dernière propriété restante, c’est-à-dire leur aliénation qui habite chacun de notre corps.