La haine (partie 2)
Ah oui, ces termes qui ne sonnent absolument rien dans nos têtes. Condition ? Humaine ? Qu’en sont-ils ? Passons et discutons de la Formule 1 ainsi que des rapports charnels entre nous tous, de leur performance récréative ainsi que des consommations de substances autodestructrices. Voilà de bons sujets de discussions, oui ! Pourquoi pas, le bon vin ? Les bons voyages ? Les bons amis ? Par quelle étrange folie quelqu'un irait affirmer haïr ce qui est bon ! Qui donc déteste la bonne musique et les bonnes soirées entre bons amis autour d’une bonne bière ? Impossible d’en rire, ni d’en avoir une certaine compassion. Je n’en veux à personne. Je ne personnifie rien. Ceux qui avaient personnifié leur haine viscérale étaient les nazis, avec la réification de leur abstraction du Juif dominant leur vie, contrôlant leur avenir, complotant pour maintenir les masses entières dans l’abrutissement et la servitude non pas moderne (car, quelle intrinsèque différence entre le trafique d’esclaves et la traite humaine actuelle ?), mais éternelle (voilà une spécificité de la « modernité » révélée : sa périodisation d’époque, une manie inexistante par le passé, mais qui est fort utile pour hiérarchiser selon un raisonnement positiviste du « moins civilisé » au « plus civilisé » ; du « pire » au « meilleur » ; du « mauvais » au « bon » ; et ainsi de suite).
Ces nazis, que morbide mort leur soit louée, réifiaient donc leur haine en un système structuré et opérationnel dont l’objectif final était l’élimination systémique (ce terme est fondamental dans son sens à la fois historique et épistémologique) de tout ce qui était considéré « Juif », l’immonde paria responsable de tous les maux du monde. Ce même raisonnement s’abonde facilement dans le sens anticapitaliste du terme, mais aussi anti-immigrant, anti-musulman, antiféministe et bien plus. Il invente une abstraction, construite comme un collage à partir de faits inductifs et de réalités anecdotiques, comparables à ce que vivent les écoles primaires et secondaires (les « rumeurs »), qui servira de point d’attache pour chaque individu considéré membre de celle-ci. Pol Pot l’a bien compris avec sa bande de maniaques (merci aux Vietnamiens d’avoir mis un terme à leur psychose sanguinaire. Oui oui, des communistes qui mettent fin à des politiques « communistes » soutenues par d’autres « communistes » pour des intérêts « communistes »! Et ils ont le culot d’affirmer que les « communistes » sont tous pareils…).
La personnification d’un problème abstraitement conceptualisé à partir de faits divers peu ou pas fondés mène inévitable à la répétition de l’histoire, d’abord dans sa tragédie, puis dans sa comédie, finalement dans sa confusion la plus totale. Nous savons tous et toutes ces faits, seuls le déni et l’ignorance d’enfant permettent d’en feindre la connaissance. Donnons un pitoyable exemple : les attentats, les massacres commis dans les territoires identifiés de paix et de stabilité sociale (évidemment, ces identifications sont des abstractions que tous peuvent adopter ou non, mais dont l’impact social réel demeure au-delà de nos opinions dont seul Facebook s’intéresse vraiment afin de gagner quelques lamentables likes).
C’est toujours la même histoire : des morts, des fausses nouvelles, des informations redondantes en boucle pour lesquelles des vautours médiatiques viennent frénétiquement déchiqueter leur part avant la fin du festin et le début d’un autre, des téléspectateurs qui braillent et se concourent pour pomper leur ego du « plus touché par la tragédie » avec des commentateurs bidons aux mêmes propos de toutes les nations (merci internet !) sur comment gérer la situation, plus l’incitation au fascisme pour remédier à ça (merci nazis !). Sans oublier les trous du cul qui écriront des livres à cet effet, des articles que tous oublieront demain, avec des conférences et plateaux d’invités, des entrevues sur les sentiments de chacun comme si la terreur et la confusion venaient d’être des découvertes scientifiques de renom.
Finalement, les réelles victimes, réellement affligées, dont leur vie a réellement pris un coup dur, autant pour les familles que les amis proches, auront la même sauce présentée à leur assiette : « les responsables seront traduits en justice ! ». Mais la génératrice qui produit ces interminables violences en terres de paix sera toujours bien nourrie par l’huile, le feu et l’ouvrier qui procède à son alimentation. Pendant que les grands discours se feront, de candides gens bien intentionnés et formés viendront en aide à ces familles et proches en besoin, pour traitement de choc, de traumatisme, et éviter d’augmenter le bilan de suicides par la pilule, solution favorite de nos agents de la réhabilitation dans cette condition humaine complètement catastrophique !