Ghosting

Le « ghosting ».
De l’anglais « fantôme » vulgairement traduit par « faire acte de fantôme ». Je pourrais en faire une longue liste exhaustive de définition, de terminologie et même de phraséologie – comme j’aime tous ces « logie »! – mais il n’y a aucune pertinence avec le sujet actuel. Qu’en est-il de ce sujet, faire le fantôme ? On peut résumer avec les mots suivants : faire le mort, comme si on existait plus, ce qui implique une absence totale de communication avec le ou les personnes concernées. Le plus souvent, elles sont préalablement choisies.
Pourquoi? Comment? Qui? Ces questions de bases (trop même) sont pourtant fondamentales pour débuter une décortication de ce phénomène de plus en plus répandu, surtout avec la facilité que permet internet et ses appareils branchés. Grâce à ce monde numérique, derrière un écran lumineux, loin du visage qu’on veut tant éviter ou ignorer – comme si c’était la réification de la peste en entité organique destructrice –, suffit... de ne plus répondre. Littéralement faire comme si nous étions mort pour la personne victime de ce geste immature et lâche.
Immature parce qu’il démontre une incapacité à communiquer, à adopter un dialogue concret et réfléchi, au minimum, qui permettrait de clore – si c’est ce qui est recherché – ou de régler un différend avec l’autre ou les autres. Plutôt, ce qui est préconisé, c’est les bouchons aux oreilles et le bandeau autour des yeux. Voilà! On peut désormais se justifier de ne pouvoir répondre! Foutaise de merde. Cet agissement d’enfant qui cherche à obtenir cupidement ce qu’il veut est aporétique : il sera reconnu comme un manque de respect, de communication, de compréhension, d’ouverture et de transparence. Mis à part les écervelés obsédés par les sans scrupules agissant de la sorte, qui intellectualiseront tout et joueront aux devinettes pour « trouver les raisons », nul n’y voit et verra cela d’un bon œil.
Lâche parce qu’il illustre parfaitement une pusillanimité face à une problématique qui, plutôt que de l’affronter de front et y mettre un terme définitif avec des mots limpides, fuit à la première insatisfaction, incongruité. Avide d’une éternelle adolescence libre de toute contrainte, ces énergumènes refusent catégoriquement de prendre leurs responsabilités en main. Pourquoi le faire de toute façon? Les êtres humains sont des déchets que nous pouvons jeter à la poubelle à tout instant, au détriment de les recycler – ce qui n’est guère mieux. Tel des produits de marchandises dans un marché public, une fois consumés et l’insatisfaction atteinte, ceux-ci sont vidés de leur valeur. Eh puis, ça se remplace aussi vite que délaissé! C’est pas comme s’il allait en manquer de toute façon. Au diable la qualité relationnelle et les intimités qu’elles soient familiales, amicales, amoureuses, professionnelles et politiques!
Soyons honnêtes : faire acte de fantôme est une réalité qui traverse l’ensemble des relations sociales. Ce n’est pas réservé à une rupture amoureuse où le fantôme, sans aucune discussion, ni fermeture, aussi violente soit-elle, coupe d’un trait la relation en prenant des vacances dans un monde parallèle : celui de l’absentéisme. N’est-ce pas ce que font les trouillards quand ils entendent un bruit durant la nuit? Se réfugier sous les couvertures, considérées comme des couches impénétrables de titane, avec la conviction que le bruit s’en ira, que le monstre disparaîtra, que l’indésirable ne les verra point et qu’il cessera ses manifestations ? L’attitude adoptée ici contre des adultes est tout aussi similaire.
Par exemple, lorsqu’une invitation est lancée à la personne qui agira en fantôme, celle-ci accepte – avec ou sans hésitation – la proposition. Le jour venu, plutôt que d’avertir un changement de plan, ou une absence, ou encore un désintérêt – bref, dire la simple vérité crue, une affirmation si difficile semble-t-il pour ces pleutres ! – ces fantômes se vautrent dans leur monde parallèle immatériel, totalement déconnectés du monde de la matière, à faire je ne sais quel passe-temps pour éviter ce qui était prévu. La victime de ce spectre tente tantôt passivement tantôt agressivement jusqu’à désespérément d’établir des liens de communications par tous les moyens existants. Évidemment, tenter de rentrer en contact avec un fantôme c’est tout simplement impossible.
Que se passe-t-il donc ? Absolument rien. L’événement s’est tenu à moitié ou pas du tout (puisqu’il peut dépendre du farfadet invisible) et tant pis pour les participants, ils auront perdu leur temps et une part de leur confiance pour l’autre. Mais miraculeusement, à la suite de l’activité prévue, hop! Un revenant ! Et les explications, s’il y a lieu, fusent de tout part : « mais j’étais occupé » « mais j’avais oublié » « mais j’ai eu un imprévu » « mais je me mais moi ». Misérable et couard, c’est ce qui transparaît dans leur vile tentative d’acquitter leur délit. Non seulement il y a excuse, mais celle-ci est douteusement mensongère. À moins d’un funérailles ou d’un écrasement de météorite sur le chemin vers le rendez-vous, il n’y a point de raison outre les suivantes : apathie et poltronnerie.
Ou bien la personne en avait rien à cirer, qu’un désintérêt total l’envahissait déjà depuis le début, mais avait accepté pour boucher un trou vide ressenti dans son vécu quotidien aussi stimulant que l’observation accentuée de la couleur d’un mur; ou bien elle était tout simplement pissou, incapable de refuser avec conviction et a préféré dire oui pour « éviter de blesser » les autres, digne d’un égocentrisme mal placé. Sans surprise, ces deux comportements se reflètent directement contre ces fantômes par leurs victimes : celles-ci se désintéressent totalement d’eux et préfèrent ne plus rien entamer, évitant du coup une panoplie de stupides conflits sans lendemain.
Mais il y a pire! Un élément qui peut s’ajouter afin d’embellir la honte déjà bien structurée : la reprise. Cette petite lueur d’espoir, que seuls les naïfs croient, qui dit « mais on va se reprendre! » « on refait ça! » « bientôt, juré! » « je te reviendrais ». Qui ne l’a pas déjà entendu ? Une affabulation de courtoisie sans vergogne, qui rassure les uns et exaspère les autres. Cette promesse de comptable aboutie rarement, sachant qu’elle n’existe que par rédemption. Nous savons tous qu’ils sont des impies! C’est de la salade aux carnivores ! D’une moquerie conventionnellement acceptable, malheureusement.
La sincérité est telle qu’il n’y aura point de lendemain. Ce sont des foutaises, délicatement tissées pour se sauver la face, bien hypocritement à l’abri des Courroux. Ils sont habitués au pardon et non à la réjection carrée par les victimes. Leur manie persistera jusqu’à ce que leurs liens amicaux, amoureux, professionnels s’effritent. Malheureusement, ceci ne viendra pas de si tôt. Convaincus de pouvoir s’en tirer indemne coup après coup. Aussi bien aller au-delà du « ghosting » et détoner le pont qui uni le fuyard au ponctuel : il n’y aura plus à s’en soucier et passer à une autre histoire sera chose facile.